En France, l’éolien est une erreur ruineuse, sans profit pour le climat

Groupe Indépendant de réflexion sur l’énergie
Pierre Audigier, ingénieur général des Mines (h)
ancien conseiller de la Commission Européenne
Patrice Cahart, inspecteur général des Finances (h)
ancien conseiller à la Cour de cassation
Denis de Kergorlay, président exécutif d’Europa Nostra,
la  fédération européenne des associations de défense du patrimoine paysager et monumental    

 

          La France n’a pas besoin de nouvelles éoliennes. Elle est excédentaire en électricité, ce qui la contraint, en année normale, à exporter 11% de sa production au prix de lourdes pertes. N’aggravons pas ce gaspillage.

          De nouveaux engins n’auraient d’ailleurs aucune utilité du point de vue du climat. Les sources fossiles, émettrices de CO2 , ne fournissent plus qu’une part infime de notre électricité, et on ne pourra,  techniquement, descendre plus bas.    

          Or l’éolien, lourdement handicapé par son intermittence, est beaucoup plus coûteux, pour notre économie, que d’autres sources d’énergie, dont le photovoltaïque. Et ses engins sont pour l’essentiel fabriqués hors de France.

          Nos paysages, nos finances publiques, nos budgets de consommateurs ne sauraient leur être sacrifiés.

          En Allemagne, où l’éolien s’est développé de façon effrénée, les émissions de CO2 par le secteur électrique n’ont pas diminué. La moitié du courant provient de fossiles (charbon, lignite). Le prix de l’électricité atteint, pour les ménages, le double du niveau français.  

          Le nécessaire combat pour le climat doit être recentré sur l’isolation des bâtiments et l’amélioration des modes de transport.

Sommaire

I/ En France, l’éolien est la pire solution, page 2

A/Rien ne justifie un nouveau supplément éolien, page 2

B/ L’éolien est gravement handicapé par son intermittence, page 5

C/ Un fort supplément d’éolien aurait un coût écrasant, page 6

D/ Il serait désastreux pour le cadre de vie, page 9

II/ Mais alors, que faire ? page 11

Chiffrages joints, fiches Alpha et Bêta, pages 14 et 15.

 

          I/ En France, l’éolien est la pire solution

          Nous sommes des écologistes. Le combat pour la planète, son eau, son air, ses paysages, est le nôtre. Mais nous pensons qu’en promouvant l’éolien, on choisit la plus mauvaise arme.

          Notre note est centrée sur la France métropolitaine [1]. Elle ne remet pas en cause l’éolien déjà en service, ou déjà décidé. Elle s’oppose en revanche à de nouveaux développements. Nous ne traiterons pas ici de l’éolien en mer, problème spécifique.

 

       A/ Rien ne nécessite un supplément d’éolien 

 

          Quatre arguments ont été avancés pour justifier un nouveau développement éolien. Aucun d’eux ne résiste à l’examen.

         a/ La France n’a pas besoin d’un nouveau développement éolien pour couvrir sa consommation d’électricité

 

          En année normale [2], notre pays exporte 11 % de sa production électrique. Ces exportations s’effectuent à des prix de braderie : EDF doit revendre moitié moins cher, en moyenne, sur les marchés internationaux, le courant qu’elle a acheté aux exploitants éoliens. Un supplément d’éolien ne ferait qu’aggraver ce gaspillage, mis à la charge du consommateur.  

          b/ Un nouveau développement éolien serait sans effet sur le climat

          Au cours des prochaines années, la consommation française d’électricité sera sans doute à peu près constante, comme elle l’est depuis sept ans. D’un côté, les économies d’énergie auront des effets, et la désindustrialisation peut hélas se poursuivre. De l’autre, la population augmente un peu, le niveau de vie aussi, et les véhicules électriques, il faut l’espérer, prendront leur essor.  

          En 2015, dernière année non perturbée, les combustibles fossiles (charbon, fioul, gaz) n’ont fourni que 6,3 % de l’électricité française. Ce faible pourcentage va se réduire encore, du fait des nouvelles installations éoliennes et photovoltaïques décidées, et de la suppression des centrales à charbon. Il ne pourra néanmoins tomber à zéro, car on devra maintenir des installations de secours, en raison de l’intermittence éolienne et photovoltaïque.

          Peut-être nous répondra-t-on qu’une progression des excédents français aiderait à la suppression des centrales allemandes au lignite, particulièrement polluantes. Mais c’est vouloir remplacer une production stable par une production intermittente ; vain exercice [3]. Et la France ne porte aucune responsabilité dans le désordre allemand ; elle ne saurait sacrifier, en cette affaire, ses finances et ses paysages.

         Vouloir sauver le climat en agissant sur la production d’électricité française, c’est se tromper de combat. Durant le dernier exercice connu, elle n’a engendré que 3,6 % de nos émissions de gaz à effet de serre [4], et le pourcentage va encore s’abaisser. À noter aussi que, malgré un effort financier considérable en faveur de l’éolien, nos émissions de CO 2 n’ont pas baissé au cours des dernières années. C’est la preuve que la dépense est mal orientée. L’essentiel des émissions provient des transports et du chauffage des bâtiments. L’effort doit donc être reporté sur ces secteurs.

         c/ Une nouvelle progression de l’éolien ne réduirait pas vraiment la dépendance énergétique de la France

         Par analogie avec les importations d’hydrocarbures, dont notre pays est dépendant, certains font valoir que la promotion de l’éolien permettrait de réduire nos importations d’uranium.

          Mais celles-ci ne constituent pas une réelle dépendance. L’uranium n’entre que pour 10 % environ dans le prix de revient du courant nucléaire. Les réserves mondiales, qui permettent de tenir environ cent ans au rythme actuel, se trouvent bien réparties sur la planète, et notamment dans des régions sûres (Australie, Canada), ce qui n’est pas le cas du pétrole et du gaz.   D’ailleurs, divers pays s’orientent vers la construction de surgénérateurs, à consommation très faible. Un second combustible, le thorium, dont les réserves sont triples de celles de l’uranium, s’ajouterait à celui-ci.

          De son côté, la fabrication des éoliennes exige des métaux rares – dont le tantale – que la France ne produit pas, et dont la fourniture comporte, sur la longue période, de sérieux aléas.

          d/ Le remplacement d’une partie des réacteurs par des éoliennes serait sans incidence sur notre sécurité intérieure

          Les avocats de l’éolien font valoir des motifs de sécurité intérieure. Soucieux de ne pas mettre tous les œufs dans le même panier, ils sont à l’origine de la loi relative à la transition énergétique, du 17 août 2015, qui tend à limiter à 50 % la part du nucléaire dans notre production électrique. Mais notre potentiel est déjà diversifié : le nucléaire n’en constitue que         48 %. S’il assure néanmoins les trois quarts de la production, c’est en raison de l’intermittence de l’éolien et du photovoltaïque. Les centrales des troisième et quatrième génération accroîtront la diversité.

 

          En second lieu, les risques du nucléaire civil, en France, sont faibles. L’accident de Fukushima a été provoqué, non par le séisme, auquel les structures de béton ont résisté, mais par le raz-de-marée, phénomène que notre pays n’a jamais connu, si loin qu’on remonte dans les archives [5].  Les centrales françaises en service ont d’ailleurs été construites selon des règles de sécurité beaucoup plus strictes qu’au Japon.

          e/ La France est en avance et non en retard

         La France est en retard, répètent les promoteurs éoliens et leurs avocats. C’est tout le contraire. Voici la hiérarchie des émissions de CO2 que dégage la production de 1 kwh : Pologne 750 g, Allemagne 520 g, Royaume-Uni 450 g, Italie 390 g, France 60 g. Seule de l’échantillon, la Suède fait mieux (10 g) grâce à son hydro-électricité, et aussi à son potentiel nucléaire, aujourd’hui remis en cause [6].

          B/ L’éolien est gravement handicapé par son intermittence.

 

          1/ Elle l’empêche de remplacer le nucléaire. En effet, les éoliennes de France ne fonctionnent, en année moyenne, qu’à 21 % de leur puissance. Quand le vent est faible, elles ne tournent pas. Quand il est trop fort, elles doivent être arrêtées. Dans leurs présentations, les promoteurs affirment que les engins prévus permettront d’alimenter tant de foyers ; c’est spécieux, car les intéressés dépendront d’autres sources pour les quatre cinquièmes de leur consommation d’électricité.

          2/ Les avocats de l’éolien s’efforcent de minimiser ce gros défaut :

  • ils invoquent le « foisonnement », c’est-à-dire la supposée compensation des vents de la Manche, de l’Atlantique et de la Méditerranée ; or cette compensation est très imparfaite ; chaque année, et parfois durant plusieurs jours, la production éolienne tangente le zéro dans l’ensemble de la France ; particulièrement critiques sont les périodes de grand froid, durant lesquelles il n’y a ni vent ni soleil, alors que la consommation des particuliers atteint son maximum ; il serait fort imprudent de compter alors sur les importations, car nos voisins subissent les mêmes vagues de froid, et certains (Allemagne, Belgique, Suisse) cherchent à supprimer leur potentiel nucléaire ;
  • les pointes de production de l’éolien, dit-on, pourraient être utilisées à extraire l’hydrogène de l’eau, et ce gaz servirait ensuite à faire fonctionner des véhicules [7] ; mais ces procédés expérimentaux sont encore très loin de la rentabilité, et il n’existe, dans le monde, aucune usine d’électrolyse.

          3/ Dès lors, un pays qui souhaite développer l’éolien doit se doter d’une capacité de secours utilisable à tout moment, dont la puissance serait égale à celle de l’éolien. Il doit assumer le coût de ces installations sous-utilisées, en sus de celui de l’éolien. Jusqu’à présent, ce problème a pu être résolu sans trop de difficultés, car la production éolienne n’atteint encore que 4 % à 5 % du total français. Mais demain, ce ne sera plus le cas.

         La réserve de secours sera-t-elle constituée de barrages de montagne ? Non, car ceux-ci sont déjà entièrement mobilisés pour couvrir les pointes de consommation (phénomène tout à fait distinct des creux de l’éolien). La réserve peut-elle consister en centrales au gaz ? Nos autorités ont commencé de s’engager dans cette voie, en concluant des « marchés de capacité » avec les industriels concernés. Des fermetures de centrales à gaz ont ainsi pu être évitées. Mais ce combustible émet du CO2. Du fait de son mariage forcé avec le gaz, l’éolien n’est pas une véritable énergie renouvelable, ni une véritable énergie propre.

          4/ Reste le nucléaire. EDF professe à présent qu’il est complémentaire de l’éolien. C’est un abus de langage, car si les éoliennes peuvent avoir  besoin du nucléaire, la réciproque n’est pas vraie. En outre :

  • cette solution cumule les coûts ; outre ceux de l’éolien supplémentaire, il faudrait supporter ceux du grand carénage (voir plus loin), de façon que les réacteurs soient prêts à intervenir ; pour la même raison, on ne pourrait pas réduire le personnel des centrales ;
  • les risques de sinistres, si souvent exagérés (voir plus loin), resteraient les mêmes ; les réacteurs se trouveraient toujours là, chargés de combustible.

          C / Un  fort supplément éolien aurait un coût écrasant

          1/ S’agissant des coûts, la question pratique est la suivante : combien faut-il investir en éolien nouveau ou en prolongement du nucléaire pour maintenir la production d’électricité de notre pays ?

          La comparaison ne saurait inclure des prototypes onéreux comme l’EPR de Flamanville ou Hinkley Point en Grande-Bretagne. Un EPR à la française vient d’ailleurs d’être inauguré en Chine, dans des conditions satisfaisantes, et un deuxième va suivre. Mais dans l’immédiat, il faut surtout considérer les centrales nucléaires en service : l’exemple des États-Unis, où la technique est similaire, montre qu’elles peuvent être prolongées de vingt ans, voire de quarante, au prix d’un « grand carénage » ; et donc qu’elles peuvent assurer, sans même prendre l’EPR en compte, le maintien de la production française actuelle.

          Autre remarque préalable à toute comparaison : le courant d’origine nucléaire et le courant d’origine éolienne sont deux produits différents. Le premier est pilotable, donc de haute qualité ; on peut régler son débit à volonté. Le second, intermittent, est non maîtrisable, et donc de basse qualité ; il faut le consommer quand le vent souffle.

          2/ Ces précautions étant prises, la fiche Alpha ci-dessous montre que, si on abaisse la production nucléaire à 50 % de la production totale, si on remplace le manque par du renouvelable à dominante éolienne, et si on développe le réseau de transport en conséquence, cela coûtera, en investissements, 159 Mds € de plus que la prolongation des centrales nucléaires en cause.  

 

           Ainsi, contrairement à ce qu’on pouvait attendre, le produit de haute qualité (le courant d’origine nucléaire) est beaucoup moins cher que le produit de basse qualité (le courant qualifié de renouvelable).

 

          Ce chiffrage inclut le coût des nouvelles centrales à gaz (polluantes) qu’il faudrait mettre en place pour pallier l’intermittence de l’éolien et du photovoltaïque. Il n’inclut pas le coût sanitaire et politique de la multiplication des lignes à haute tension pour desservir des installations de production dispersées. Il n’inclut pas non plus l’indemnisation d’EDF pour fermeture autoritaire de centrales encore utilisables.

         D’ordinaire, quand un entrepreneur investit, il obtient une production. Là, il n’y aurait aucun supplément de production d’électricité – l’éolien et les autres renouvelables ne faisant que remplacer, à grand peine, ce que le nucléaire aurait cessé de fournir. Pour la France et ses habitants, les 159 Mds seraient une perte sèche. Et la planète devrait absorber un supplément de CO2, dégagé par les centrales à gaz.

           3/ De surcroît, l’éolien terrestre vient de se disqualifier par rapport au photovoltaïque. Seize appels d’offres, répartis dans neuf régions, ont opposé ces deux formes d’énergie. Par un communiqué du 6 novembre 2018, le ministre de l’Environnement a révélé que le photovoltaïque avait été déclaré vainqueur seize fois, pour un prix moyen de vente à EDF de 55 € le mégawatt-heure (MWh). Or EDF paye actuellement le courant éolien terrestre aux exploitants, en moyenne, 89,4 € le MWh [8].

         En conséquence, nos gouvernants auraient dû renoncer aussitôt à toute implantation nouvelle d’éoliennes terrestres, pour se replier sur d’autres formes d’énergie plus compétitives. Or ils continuent de promouvoir l’éolien !

          4/ Le financement de l’éolien repose en grande partie sur les finances publiques. Les promoteurs empruntent aux banques la quasi-totalité de ce dont ils ont besoin pour investir. Ils remboursent leurs emprunts, d’une part en vendant leur électricité sur les marchés, d’autre part en percevant des « compléments de rémunération » que leur verse l’État. Ces compléments viennent d’un compte spécial du Trésor, lui-même alimenté par des prélèvements sur la plupart des factures d’énergie. En fin de compte, c’est donc le consommateur qui paye.

          Les exploitants éoliens perçoivent ainsi, en moyenne, le double, de la valeur de l’électricité sur les marchés, ce qui leur procure des marges bénéficiaires dont aucun autre secteur de l’industrie française n’offre l’exemple. Le groupe éolien allemand H2air, fortement présent dans notre pays, a dégagé une rentabilité des capitaux propres investis de 193 % pendant dix ans. Et quand les implantations sont entièrement réalisées sur fonds d’emprunt (cas de diverses sociétés au capital de 1 euro), cette rentabilité des fonds propres est égale à l’infini.

          Or nos finances publiques sont en crise. Notre pays ne pourra supporter en même temps deux masses de dépenses, l’une consacrée à la poursuite de sa politique climatique (isolation des bâtiments, mise en place d’un réseau d’alimentation des véhicules électriques) et l’autre sans intérêt climatique (un nouveau supplément d’éolien). Les moyens de financement disponibles doivent être réservés aux actions utiles.

         Ces difficultés ne sont pas propres à la France. Le Danemark, champion de l’éolien, est aussi le pays européen où l’électricité est la plus chère (le double des niveaux français, pour les particuliers comme pour les industriels). Le Royaume-Uni, l’Espagne et le Québec ont récemment renoncé à aider l’éolien terrestre.

          5/ Devant ces arguments, les promoteurs éoliens et leurs avocats répètent que leur activité a été reconnue prioritaire. En réalité, la loi de 2015 sur la transition énergétique n’a pas fixé d’objectif en matière éolienne. Elle  n’a fixé qu’un objectif global, celui des énergies renouvelables. Or :

  • nous venons de montrer que l’éolien est une fausse énergie renouvelable ;
  • et même si on l’incluait dans ce groupe, il s’agit d’un ensemble fort hétérogène, dont toutes les composantes ne pourront être promues en même temps, car les ressources des consommateurs et des contribuables ne sont pas inépuisables (l’affaire des gilets jaunes vient de le rappeler) ; un choix doit donc être effectué ; il ne saurait bénéficier à l’éolien terrestre, qui est la plus agressive des formes d’énergie dites renouvelables, et l’une des plus coûteuses.

         D / Un nouveau développement de l’éolien serait désastreux pour le cadre de vie des Français

          1/ L’espace aérien de basse altitude n’appartient pas aux propriétaires des maisons ou des champs situés en- dessous. C’est un bien commun. On nous le confisque au profit des promoteurs éoliens.

          Les éoliennes implantées actuellement ont couramment 180 m en bout de pale.  Le préfet des Ardennes a autorisé 63 engins de 200 m au Mont des Quatre-Faux ; elles se verront de la cathédrale de Reims, située à une trentaine de kilomètres. Quant au projet du Haut-Armançon (Yonne), il comporte 25 éoliennes d’une hauteur de 220 à 250 m : on se rapproche des 300 m de la tour Eiffel.  À ce train, les paysages français vont connaître leur plus importante mutation depuis les grands défrichements du Moyen Âge.

          La fiche Bêta ci-dessous montre l’incidence qu’aurait la future loi sur la l’énergie, si elle est adoptée conformément au projet qui vient d’être présenté : la totalité de nos zones rurales se trouverait à moins de 6 km d’une grande éolienne. Ces 6 km correspondent au rayon minimal d’affichage des enquêtes publiques concernant l’éolien, et donc à la distance en deçà de laquelle la possibilité de dégâts significatifs est officiellement reconnue. Ainsi, nos campagnes ne seraient plus des campagnes, mais des zones semi-industrielles (sans les emplois qui vont normalement avec).

          La population agricole continue de se réduire, en raison du regroupement des exploitations. L’avenir de la France rurale dépend donc, pour une part, du tourisme (chambres d’hôtes et gîtes ruraux). Il dépend plus encore du nombre de résidents secondaires ou même principaux (navettes, télé-travail) qui voudront bien s’installer. Les touristes et les résidents potentiels feront leurs choix selon l’attrait que les zones rurales auront ou n’auront pas conservé. La prolifération des grandes éoliennes est donc fortement contre-indiquée.

          Quand elles seront hors d’usage, ces éoliennes pourront-elles être    supprimées ? Sans doute non, car les garanties règlementaires sont loin de couvrir les frais du démantèlement [9]. Aux États-Unis, 14 000 engins abandonnés achèvent de rouiller, notamment en Californie et à Hawaï.

          2/ Les chauves-souris, protégées, ne supportent pas les fortes variations de pression au voisinage des pales d’éoliennes. En Allemagne, leur mortalité de ce fait est évaluée à 250 000 par an.

          S’agissant de la population d’oiseaux, un communiqué commun du Muséum d’Histoire naturelle et du CNRS (20 mars 2018) a évalué sa réduction à un tiers en quinze ans. C’est un désastre, qui risque de s’aggraver encore. La cause principale paraît être la raréfaction des insectes, mais le développement de l’éolien y contribue doublement : par le mouvement des pales (une éolienne de 180 m de haut balaye à chaque rotation environ 1 ha 35) et par la multiplication des lignes électriques.

          3/ Le voisinage de grandes éoliennes bouleverse la vie des habitants, et peut détériorer leur santé (bruit, infrasons, vision obsédante). La distance minimale entre les engins et les habitations n’est que de 500 m ; les préfets ont la faculté de la relever cas par cas mais n’en usent pas.

          4/ Les habitations voisines des grandes éoliennes sont dépréciées. Il n’est pas aisé de mesurer ce phénomène, car le plus souvent ces maisons ne se vendent pas ; personne n’en veut. Cependant, les rares décisions des tribunaux font apparaître des dépréciations de l’ordre de 40 %.

          Certains élus locaux invoquent, en contrepartie, les ressources budgétaires artificiellement procurées à leur commune ou à leur communauté. Elles sont contre-balancées, et au-delà, par la dépréciation des maisons, la réduction de leurs valeurs locatives (bases des impôts locaux) et la perte des potentialités touristiques.

          5/ Face à ces considérations, l’argument ressassé de l’emploi que créerait l’éolien ne pèse pas lourd. Les engins sont fabriqués hors de France. Leur mise en place des engins est souvent assurée par des équipes étrangères, sous le régime des travailleurs détachés.

          II /  Mais alors, que faire ?  

a/  Le grand carénage

          Le grand carénage des centrales nucléaires existantes permet de maintenir la production d’un courant exempt de carbone comme l’éolien, mais pilotable, nécessitant beaucoup moins d’investissements nouveaux, et n’imposant pas de nuisances nouvelles aux paysages.

          Le répit de vingt à quarante ans que la France peut obtenir grâce au grand carénage devrait permettre d’attendre la mise au point de meilleures formules nucléaires, encore plus sûres, productrices de peu de déchets, et actuellement à l’étude (EPR de format réduit, surgénérateurs).

          b/ Le solaire thermique

 

          Il est vraisemblable que, dans quelque temps, la majeure partie des ballons d’eau chaude de la planète fonctionneront au moyen de capteurs solaires. Cette solution permet en effet de conserver la chaleur durant plusieurs jours, alors que l’électricité ne se stocke pas, sauf dans des batteries très coûteuses. Le solaire thermique ne produit pas d’électricité, mais permet d’en économiser. En outre, il a le mérite de fonctionner sans réseau de transport et de distribution. Sa limite est d’ordre esthétique, surtout dans les centres historiques des villes. Mais il est possible de subventionner la mise en place d’ardoises masquantes.

          c/ Autres énergies renouvelables  

          Le bois et la biomasse industrielle sont les énergies renouvelables les moins chères [10]. D’autres sources ont été négligées. La récupération de la chaleur des égouts permet de chauffer tout un quartier de Nanterre, sans inconvénients visuels.

          d/ Et l’éolien ?

          Notre note comporte une conclusion logique : à l’instar du Royaume-Uni, de l’Espagne et du Québec, la France doit cesser toutes ses aides aux implantations éoliennes nouvelles.

          Si elles étaient maintenues, il conviendrait, à tout le moins, d’améliorer le système.

          1/ Il faudrait y introduire une véritable concurrence. Un décret récent impose le recours aux appels d’offres pour les groupes de plus de six engins. Mais à l’heure actuelle, la grande majorité des projets se situe en-dessous de cette limite. La faveur ainsi faite aux « petits » projets n’a aucune justification, car ceux-ci sont menés le plus souvent par des filiales d’entreprises importantes. Et elle est contre-productive : les promoteurs préféreront rester en-dessous de sept unités, ce qui conduira à un mitage accru de nos campagnes.

         Le recours à l’appel d’offres doit être généralisé. Le concurrent qui proposerait le prix garanti le moins élevé serait déclaré vainqueur.

          2/ L’éolien, si on continue de l’aider, doit respecter l’impératif de protection de la santé des habitants. Dans un rapport adopté le 9 mai 2017, l’Académie de Médecine a pointé notamment deux graves défauts.

       a/  Le consensus des populations est insuffisant.  Compte tenu des inconvénients de l’éolien, il sera toujours difficile à obtenir. Nous suggérons que le rayon d’affichage minimal des enquêtes publiques, égal à seulement 6 km, soit adapté à la hauteur croissante des engins. Il a été fixé à une date où celle-ci n’était couramment que d’une centaine de mètres, pale comprise ; pour des engins de 180 m voire 200 m, il devrait logiquement atteindre 10 km.

        b/ Dans un rayon de 1,5 km, les bruits de l’éolien perturbent fréquemment le sommeil [11]. Un récent colloque scientifique [12] a également mis en cause, même à des distances de plusieurs kilomètres, les infrasons et les champs électriques ou électromagnétiques émis par les éoliennes.

          Ces constats confirment le caractère inadapté de l’actuelle distance minimale de 500 m entre les habitations et les engins. Les académiciens préconisent qu’elle soit désormais proportionnelle à la hauteur des éoliennes. Cette proposition rejoint, dans son principe, les législations de la Bavière et de la Pologne, qui fixent cette distance minimale à dix fois la hauteur des engins (donc 2 km, par exemple, pour une hauteur de 200 m).

         Les promoteurs éoliens ne manqueront pas d’observer qu’une telle solution réduirait sensiblement leur champ d’action. Mais les nouvelles éoliennes, dépourvues d’utilité écologique, ne sauraient être considéré comme prioritaire par rapport à la santé publique.

 

                                                           xxx

          La lutte contre la dégradation du climat demeure plus que jamais nécessaire, mais par d’autres moyens que l’éolien : la taxation du carbone dans le cadre d’une politique européenne, l’isolation raisonnée des bâtiments, l’usage des voitures électriques, la promotion des vélomoteurs et scooters électriques (à l’exemple des pays d’Asie, où elle a fortement réduit les nuisances urbaines). Les citadins de la prochaine génération seront peut-être libérés, non seulement des gaz d’échappement, mais aussi du bruit !

         Encore faut-il que les sources de financement privilégiées soient   réservées à ces actions, au lieu d’être détournées au profit de l’éolien.

Pièces jointes ci-dessous :  fiches de chiffrage Alpha et Bêta

 

 

 

 

 

  Fiche Alpha : le surcoût de l’investissement éolien et connexe

 

     Coût de l’investissement éolien et connexe

1/ Selon le projet de loi sur l’énergie déposé en mai 2019, le nucléaire ne doit plus fournir, en 2035, que 50 % de la production. Ce qui implique le remplacement par des sources renouvelables de 21/71èmes de cette production (dont nous supposons le niveau constant).

Le projet de programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) diffusé en mars 2019, avec un horizon 2028 et non 2035, prévoit un supplément annuel de puissance de 2 GWV (gigawatts) pour l’éolien terrestre et de 3 GW pour le photovoltaïque. Mais si l’on prolonge ces chiffres au-delà de 2028 er si l’on ajoute une prévision raisonnable de 9 GW pour l’éolien maritime, l’objectif du projet de loi est atteint dès 2030. Ce qui manque de cohérence.

Nous avons donc rectifié en baisse les chiffres de progression de la PPE et sommes parvenus au besoin suivant pour réaliser l’objectif 2035 : éolien terrestre 21,4 GW, éolien maritime 9,0 GW, photovoltaïque 32,1 GW, autres 2,0 GW. Total 64,5 GW. À noter que la puissance installée de l’éolien terrestre passerait ainsi des 15,1 actuels à 36,5, soit une multiplication par 2,4. 

2/ Nous avons multiplié ces puissances supplémentaires par les coût unitaires (milieux de fourchettes) figurant dans un document ADEME de 2016. Nous avons ajouté 4,3 Mds € par an pour l’aménagement correspondant du réseau (chiffre fourni par le président de RTE), et             15 Mds € pour l’installation de nouvelles centrales à gaz, nécessaires au passage des pointes eu égard à l’intermittence de l’éolien et du photovoltaïque. Investissement total nécessaire sur la période 2019-2035 :  183,9 Mds €.

     Coût de la prolongation des centrales nucléaires existantes

Sur la base d’un rapport de la Cour des Comptes de mai 2014, nous avons évalué à 5 M € par an l’effort de grand carénage nécessaire pour prolonger l’ensemble du parc nucléaire civil. Soit, sur 17 ans, 85 Mds €.

Pour la comparaison avec l’éolien et les autres énergies dites renouvelables, ce montant n’est à retenir qu’à raison des 21/71èmes, puisque le reste du parc nucléaire subsisterait de toute façon en 2035. Donc 85 x 21/71 = 25,1 Mds €.

     Surcoût en investissement de l’éolien et autres renouvelables

183,9 – 25,1 = 158,8 Mds €.

Pour la collectivité des Français, ce serait une perte sèche, car il n’y aurait aucun supplément de production. Et la planète subirait un supplément de CO2 dû aux nouvelles centrales à gaz.

Le détail des calculs figure dans la note « Le prolongement des centrales nucléaires coûterait bien moins cher que le développement de l’éolien et autres renouvelables », disponible sur le site www.montesquieu-avec-nous.fr, rubrique « Écologie ».

                                                 Fiche Bêta

     Les éoliennes vont-elles impacter toute la France ?

          Nombre d’éoliennes terrestres à prévoir

D’après la fiche Alpha, il faudrait implanter, d’ici à 2035, 21 400 MW d’éolien terrestre supplémentaire. La puissance moyenne des futurs engins peut être estimée à 2,5 MW.

D’où 21 400/2,5  = 8 560 engins. S’ajoutant aux 8 000 existants, ils donnent un total de 16 500 engins terrestres.

          Superficie potentiellement impactée par chaque engin

         Les enquêtes publiques concernant l’éolien doivent être annoncées dans un « rayon d’affichage » de 6 km. La possibilité d’atteintes significatives en-deçà de ces           6 km est donc officiellement reconnue. En réalité, compte tenu de la poussée des engins en hauteur, il faudrait adopter un rayon plus long, sans doute de 10 km. Mais comme les 6 km ont encore une valeur officielle, nous les avons retenus pour notre étude.

          Un cercle de 6 km de rayon autour d’une éolienne a une superficie de 113 km .

          Les professionnels de l’éolien objectent l’existence de divers masques :

  • les constructions, mais on se trouve en zone rurale, où elles ont peu d’importance ;
  • la végétation, mais elle ne doit pas être prise en compte, car les arbres peuvent faire l’objet de coupes normales, être victimes de tempêtes, périr de maladies, et de toute façon, perdent leurs feuilles à la mauvaise saison ;
  • le relief, mais les implantations d’éoliennes tendent à se faire sur des crêtes ; le relief est donc plutôt un facteur aggravant.

          Les éoliennes sont en général groupées. Leurs cercles de 6 km se chevauchent. Nous avons admis une moyenne de cinq engins par groupe (moins de cinq pour les anciennes et plus de cinq pour les récentes). Compte tenu des chevauchements, les cinq cercles du groupe ont une superficie totale d’environ 140 km2 , soit 28 km2 par engin.

          Conclusion

          16 500 éoliennes x 28 km= 462 000 km2 .

               À comparer au territoire métropolitain rural : 550 000 km2 – 116 000 km2  urbains = 374 000 km2.

          La totalité de la France rurale se trouverait à moins de 6 km d’une grande éolienne terrestre. S’y ajouterait la pollution visuelle des côtes due aux éoliennes « posées » en mer.

          C’est inacceptable pour un pays qui prétend procurer à ses habitants une qualité de vie élevée, et qui veut continuer d’être la première destination touristique mondiale, en nombre de visiteurs.

    [1] Pour une bonne compréhension des phénomènes, notre groupe a consulté Claude Mandil, ancien directeur général de l’Energie et des Matières premières, ancien directeur général de l’Agence Internationale de l’Energie, ainsi que Jacques Treiner, physicien, professeur émérite à l’Université Pierre-et-Marie Curie, ancien professeur à l’Institut d’Etudes Politiques de Paris, enseignant à l’Université de Paris VII. Bien entendu, les positions du groupe n’engagent que lui.
     [2] Au long de cette note, nous faisons abstraction des perturbations causées de 2016 à 2018 par l’arrêt de nombreux réacteurs pour contrôle. La France va maintenant retrouver ses rythmes antérieurs de production et d’exportation.
[3] En Allemagne, la moitié de la production électrique est fournie par du charbon ou du lignite ! La progression de l’éolien, dans ce pays, a donc été inefficace, voire contre-performante. Le 1er octobre 2004, à Cologne, Mme Angela Merkel, alors dans l’opposition, avait pourtant souligné les dangers d’une prolifération de l’éolien.
[4] RTE, Bilan électrique 2015, page 20. Il inclut tous les gaz à effet de serre, en équivalents-carbone.

[5] En décembre 1999, une tempête a partiellement inondé la centrale nucléaire du Blayais, dont trois réacteurs ont dû être arrêtés. Des travaux de sécurité ont alors été effectués. En 2007, l’Autorité de Sûreté Nucléaire, dont on connaît la rigueur, a jugé la situation satisfaisante. 

[6] Institute for Climate Economics, 2017. Les chiffres sont de 2013, mais la hiérarchie demeure.

[7] Actuellement, l’hydrogène consommé par des véhicules provient du gaz naturel, polluant.  

[8] Commission de Régulation de l’Énergie (CRE), Délibération du 12 juillet 2018,       annexe 1, page 14.

[9] La caution règlementaire se borne à 50 000 € par grande éolienne ; or le coût de son enlèvement est évalué au minium à 170 000 € (le gros socle de béton restant enfoui). Un devis a même atteint 413 000 €.

[10] Ademe, Le coût des énergies renouvelables en France, 2016.

[11] Académie de Médecine, Nuisances Sanitaires des Eoliennes terrestres, rapport du Pr. Tran Ba Huy adopté à la quasi-unanimité le 9 mai 2017, page 10.

15[12] Colloque du 16 novembre 2018, organisé par Patrick Dugast sur les Infrasons émis par les éoliennes, Paris, Centre Sèvres.

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