Présentation de l’Association des Amis du Paysage français

Par Emmanuel Hau

Musée de Meudon

                Notre association s’est constituée autour d’un jeune collectionneur, Christian Grellety-Bosviel, qui, se sachant condamné à court terme par la maladie de Charcot, a rassemblé des œuvres de peintres de paysage français. Un goût très sûr a guidé ses choix, fondés sur la qualité intrinsèque des œuvres, plus que sur l’applaudimètre parfois faussé de la cotation du marché. Vincent Pomarède, alors conservateur général des peintures au musée du Louvre, et « pape » de la peinture de paysage, a salué la cohérence de cette collection, et son intérêt notamment historique et pédagogique.

                A la mort de Christian, en 2005, l’association a travaillé à faire passer dans la réalité son rêve : celui de lancer, à partir du noyau que constituerait sa collection, un musée consacré à la peinture de paysage. Assez curieusement en effet, si l’on aurait peine à trouver un seul peintre qui n’ait brossé au moins une fois une peinture de paysage, aucun musée n’était en France dédié à cette thématique.

                C’était se heurter à beaucoup de difficultés : chacun se souvient de la phrase assassine prêtée à Joseph II « Trop de notes, mon cher Mozart… ». Combien de fois l’avons-nous entendue, y compris des voix les plus autorisées ! Il y avait déjà trop de musées déserts et de tableaux oubliés au fond des réserves. Pourtant, après bien des péripéties, la famille Grellety-Bosviel (Alain est un de nos camarades de la promotion Blaise Pascal) fit don de la collection à la municipalité de Meudon, qui lui a offert comme écrin son musée d’Art et d’histoire, charmante demeure encore hantée par les mânes d’Ambroise Paré et d’Armande Béjart, la veuve de Molière. D’importants travaux furent menés à bien pour remettre le bâtiment aux normes muséographiques. Ce musée improbable a ainsi vu le jour, grâce à une collaboration exemplaire entre la municipalité, le musée et l’association.

                Depuis, nous avons organisé de nombreuses expositions temporaires. Pour n’en citer que quelques-unes, nous fûmes les seuls en France à célébrer le bicentenaire de la naissance de Théodore Rousseau (1812-1867), cet artiste rebelle, ce misanthrope mystique de la nature qui ouvrit la voie aux impressionnistes, si l’on en croit Monet. Nous avons mis en valeur l’école du « paysage historique » en faisant passer ses promoteurs Pierre-Henri de Valenciennes, Achille Etna Michallon, du monde clos des érudits à celui plus accueillant des connaisseurs et amateurs. Nous avons également exposé Jean Laronze (1852-1937), le « Lamartine de la peinture », avec ses vues de calme et de plénitude sur sa Bourgogne natale, ou encore Antoine Chintreuil (1814-1873), le peintre « des brumes et des rosées »…

                C’est dire que nous pensons que notre rôle n’est pas de célébrer les « déjà célèbres », ce que nos moyens ne nous permettraient d’ailleurs pas. Leurs œuvres, nous les connaissons déjà, nous pouvons les admirer si nous acceptons d’être un peu serrés dans la foule. Nous cherchons plutôt à ajouter à ce monde culturel « globalisé », souvent trop riche au double sens du terme, une approche moins attendue introduisant un public d’amateurs à des œuvres moins connues. Ce sont elles qui ont constitué le chemin à la fois inattendu et inéluctable vers les monuments de légende que nous connaissons tous. Il est passionnant de le saisir.

                Tout ce que je viens de vous résumer, vous le trouverez plus en détail sur notre site www.paysagefrancais.fr que je vous recommande de consulter. En revanche, vous n’y trouverez pas encore l’annonce du vernissage de notre prochaine exposition, le jeudi 21 mars prochain à 19 heures au Musée d’Art et d’histoire de Meudon, 11 rue des Pierres 92190 Meudon. J’espère que vous y viendrez nombreux.

                Cette exposition retracera le « parcours d’un collectionneur », une collection privée qui va de Corot à Braque. Au-delà du plaisir intellectuel et artistique, c’est une joie pour l’association de savoir que la vocation de ce collectionneur est née à l’occasion de la première exposition publique du fonds Christian Grellety-Bosviel, comme un passage de témoin d’un collectionneur à un autre. Peut-être verrons-nous un de nos visiteurs suivre demain leurs traces ?

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